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Sans-abri : le réseau des commerçants solidaires s'aggrandit

TÉMOIGNAGE – Le Carillon est un réseau national de 700 commerçants solidaires qui proposent au quotidien des petits services gratuits aux personnes sans domicile fixe. A Paris, Isabelle et Vincent nous expliquent pourquoi ils ont choisi de s’engager en faveur des plus démunis.

Depuis la création du réseau Le Carillon, 2015, 450 commerçants parisiens ont accepté d’ouvrir leur porte. En trois ans, ce réseau solidaire né dans la capitale s’est étendu à 7 autres grandes villes françaises, dont Strasbourg ou encore Bordeaux, et s’appuie aujourd’hui sur 700 commerçants à l’échelle nationale. Et ils seront sans doute encore plus nombreux prochainement. Grâce à une récente campagne de communication, les demandes émanant de nombreux territoires non encore investies par l’association La Cloche, qui porte le réseau, ont afflué : “En une semaine, nous avons déjà reçu près de 50 demandes de commerçants prêts à rejoindre le réseau, c’est encourageant “, conclut Alice Ghys, la codirectrice de l’association.

Isabelle

Marie a poussé la porte du Muesli Bar, à Paris, il y a un an, avec une certaine forme d’appréhension :”Demander de l’aide ce n’est pas facile, et on ne sait jamais comment on va être accueilli” , explique-t-elle. L’hiver dernier, ce petit bout de femme découvre grâce à une association l’existence du réseau de commerçants Le Carillon. Elle rencontre alors le sourire bienveillant d’Isabelle, la patronne, qui lui propose de s’installer à une table sans lui poser de questions, tout en lui offrant une boisson chaude et un bol de muesli accompagné de fruits frais. Ce geste simple agit comme un baume réparateur sur son âme éreintée par les difficultés quotidiennes. “Cela m’a fait un bien fou, car je vis en-dessous du seuil de pauvreté, et il y a encore un an, je faisais les poubelles pour me nourrir” poursuit-elle. Depuis ce jour, Marie fréquente le lieu régulièrement pour se ressourcer et discuter de tout et de rien : “Cela fait du bien au moral”, sourit-elle.

Avant même de rejoindre le réseau des commerçants solidaires, Isabelle avait l’habitude de distribuer ses invendus du jour aux sans-abri, mais aujourd’hui sa démarche va beaucoup plus loin. “Les SDF ou les personnes en très grande difficulté peuvent venir ici se servir du téléphone, utiliser internet, et aller aux toilettes“, explique-t-elle. Des petits services qui permettent de faciliter le quotidien de nombreuses personnes en situation de précarité. Un élan de générosité désintéressée qui a trouvé un écho parmi les clients. “Certains d’entre eux n’hésitent pas à participer en payant un repas à l’avance“, relève également Isabelle. Si la majorité d’entre eux accueille la démarche positivement, certains aussi sont gênés par la présence de personnes qu’ils ont l’habitude de voir dans la rue plutôt qu’à côté de leur table.

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Vincent

Vincent et ses associés ont choisi de quitter des emplois bien rémunérés dans des grands groupes pour donner du sens à leur travail, en créant le bar à thé Kodoma, un lieu cosy où il fait bon se ressourcer. Il a rejoint le réseau Le Carillon en 2017 "parce que finalement la frontière entre la vie professionnelle et la vie de citoyen est de plus en plus poreuse“.

C’est ainsi que tout naturellement il a aussi appris à connaître Nicolas, Doriane et Anne, des sans-abri qui viennent régulièrement passer un moment dans le bar pour prendre un thé, recharger leur téléphone ou utiliser internet, mais pas seulement. ”On a spontanément aidé Anne par exemple à refaire son CV parce qu’elle était dans une démarche de recherche d’emplois sur des sites “, se souvient-il.

Vincent assure que la rencontre avec ces personnes en grande précarité lui a permis de prendre du recul sur biens des choses et surtout de tordre le coup aux préjugés.

Un numéro vert pour sortir les SDF de l’isolement

En partageant des conversations – mêmes banales – avec des commerçants accueillants, les personnes sans-abri retrouvent un sentiment essentiel à leur reconstruction : l’estime de soi. “S’il est aujourd’hui impossible de mourir de faim en France, on peut mourir de solitude“, estime Alice Ghys, de l’association La Cloche.

Le bouche-à-oreille fonctionne grâce à des ambassadeurs qui ont connu la rue et qui sont chargés de diffuser la liste des commerçants partenaires aux sans-abri”, précise Alice Ghys. Son asso a lancé le numéro vert 08 00 94 88 11 pour informer et orienter si nécessaire les personnes en difficulté vers un commerçant du réseau.

L’objectif est d’ aider encore davantage de personnes en situation d’exclusion. “Contrairement aux idées reçues, 80 % des sans-abri disposent d’un téléphone portable”, poursuit Alice Ghys. Le but de l’association n’est pas seulement de proposer des services ou une boisson chaude, l’idée est vraiment de recréer du lien social et de lutter contre l’isolement extrême dont souffrent les personnes sans domicile fixe.

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