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L’entreprise sociale, espéranto d'une nouvelle économie

Dans une tribune publiée par Libération et en marge de son intervention au Forum «A bas la crise !» organisé le 19 octobre 2013, Jean-Marc Borello souligne la place que l'entreprise sociale est amenée à prendre dans la résolution des défis sociaux et environnementaux que la crise a fait émerger.

Il est des débats qui agitent le paysage économique depuis plusieurs décennies et qui ne semblent jamais perdre en vigueur. L’un de ceux auxquels les Français se livrent avec passion porte sur le rapport «animé» que la France entretient avec ses entrepreneurs. Attisé régulièrement par des projets de réformes, portés à droite comme à gauche, il a atteint ces dernières années des sommets de tensions, conséquences mécaniques de la crise économique.

Dans une société portée par une croissance forte et soutenue, les termes du débat étaient relativement simples et pouvaient être résumés par la célèbre phrase énoncée en 1962 par le prix Nobel d’économie Milton Friedman : «the business of business is business». D’un côté, l’entreprise avait pour unique fonction de créer de la richesse. De l’autre, l’Etat avait pour mission de redistribuer ces richesses et garantir ainsi la pérennité du pacte social. Seulement, ces frontières se sont fissurées sous les effets de la crise. Autrefois étrangers l’un à l’autre, l’entreprise compte aujourd’hui sur le soutien de l’Etat pour l’aider à surmonter ses difficultés, pendant que ce dernier lui demande de participer pleinement à l’effort national. Ce rapprochement, qui leur est imposé par les circonstances, les pousse ainsi à trouver un vocabulaire commun leur permettant de dialoguer sereinement. Il semblerait que l’entreprise sociale le maîtrise déjà.

Est entrepreneur social celui ou celle qui place son impact social et environnemental à niveau égal ou supérieur à sa performance économique. De cette définition transpire le caractère profondément hybride de l’entreprise sociale, qui a su emprunter les attributs de différents secteurs et en faire la synthèse. Les liens de filiation avec l’économie sociale et solidaire sont évidents : l’entrepreneur social identifie un besoin social mal satisfait et entend lui apporter une réponse adaptée, souvent locale. La proximité avec le monde de l’entreprise est certaine : l’entreprise sociale intègre les logiques d’ajustement aux conditions du marché et à la demande.

Métissage

L’entreprise sociale est donc le fruit d’un métissage. Polyglotte, elle est le trait d’union entre secteur non lucratif, entreprises et pouvoirs publics et rend possible la coconstruction des réponses aux besoins sociétaux les plus pressants. Cette coconstruction, le Groupe SOS entend lui donner corps à travers la conclusion de partenariats ambitieux et ancrés dans le long terme avec Renault ou 3M par exemple.

Ce rôle de plateforme, l’entreprise sociale l’incarne également à travers sa démarche d’innovation sociale. A l’inverse de l’innovation technologique, protégée et brevetée, l’innovation sociale se veut ouverte, disponible en open source, afin que chacun, entreprise, association ou puissance publique, puisse se l’approprier et en maximiser l’impact. Fidèle à cette conviction, le Groupe SOS, par exemple, a lancé le projet Novation Sociale. Soutenu par le Fonds Social Européen, qui croit en la force de l’innovation sociale comme levier d’emploi et de mieux vivre, il s’appuie sur l’identification de nouveaux besoins sociaux repérés sur le terrain et mobilise une communauté d’experts pluridisciplinaires pour dessiner les réponses innovantes de demain. Il permet ainsi à notre organisation de produire cette année le premier rapport d’activité dédié à l’innovation sociale en France et se veut inspirateur en proposant des solutions d’avenir, concrètes, à fort impact social.

Ces dernières semaines, quelques signaux permettent d’espérer une relative reprise de l’activité économique. Pourra-t-on pour autant parler prochainement d’une réelle «sortie de crise» ? Peu probable, si on ne remet en cause certains mécanismes, certaines structures. Charge à nous, entrepreneurs sociaux, de peser de tout notre poids en partageant le plus largement possible la confiance en l’avenir qui nous caractérise.