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La consigne fait son retour en Provence

INITIATIVE – La consigne, disparue dans les années 90, revient grâce à la volonté de certains citoyens. Exemple dans le Var, où le domaine viticole La marseillaise, adepte d’économie circulaire, préfère réemployer des bouteilles en verre nettoyées dans une laveuse.

La grande majorité des bouteilles en verre sont recyclées après usage, puis collectées, brisées et fondues dans un four en vue de la fabrication d’un nouveau contenant. Une stratégie peu écologique pour de très nombreux citoyens, adeptes de la voie du réemploi. Et pour cause. Zero Waste rappelle qu’une bouteille en verre consignée peut émettre jusqu’à 80 % de gaz à effet de serre (GES) en moins qu’une bouteille à usage unique sur l’ensemble de son cycle de vie, et la fabrication du verre consomme 15 fois plus d’énergie que le seul lavage d’une bouteille – 20 minutes dans l’eau à 80°, contre plusieurs heures à 1 500° dans un four verrier. Par ailleurs, le lavage, estimé à 20 centimes par bouteille, coûte moins cher que la conception d’un contenant neuf en verre (de 25 centimes à un euro, tout dépend des quantités).

Si en France, le système de la consigne a disparu dans les années 90, cela n’a pas été le cas en Allemagne, voire en Alsace, où les habitants ont l’habitude de ramener leur bouteille de jus ou de bière vide pour récolter quelques centimes d’euros, que ce soit chez le producteur, à la brasserie ou au supermarché. Or, cela fait quelques années qu’ici ou là, en France, des citoyens, comme les membres de l’association Bout à bout en Charente-Maritime, tentent d’imiter la méthode pour la mettre en place localement (comme le rappelle le rapport de l’Ademe).

Du vin en biodynamie consigné

Idem, dans le Var : à Brignolles, l’association Ecoscience Provence, qui lutte pour la réduction des déchets, entend créer une filière en région PACA, un territoire où sont vendues et bues 40 millions de bouteilles de vin chaque année.

En 2018, elle a accompagné le premier domaine – La marseillaise, à La Crau, près de Toulon – à passer à la consigne sur son stock de 30 000 bouteilles vendues par an (tout, en biodynamie, certifié Demeter). Les propriétaires préfèrent récupérer les bouteilles vidées et sales pour les laver et les réutiliser. C’est plus écologique, et moins cher, donc.

Or, pour y arriver encore faut-il, d’abord, inciter les acheteurs, tant professionnels que particuliers, à rendre les contenants vides. Pas toujours facile. Si la plupart des restaurants, des hôtels et des cafés disent être favorables à la consigne, certains estiment ne pas pouvoir stocker les bouteilles vides et sales par « manque de place », explique Julien Vigneron de l’association Ecoscience.

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Les citoyens récompensés

Reste également à convaincre les particuliers de jouer le jeu. Or, si l’on en croit l’Ademe, 88 % des consommateurs (sur une base de 336 personnes interrogées dans des magasins pratiquant la consigne) se montrent favorables à la consigne. A La marseillaise, on incite les particuliers à rendre les bouteilles vidées. « Si une personne nous ramène 20 bouteilles, on lui donne une bouteille de vin », explique-t-on sur place. Pas encore la solution miracle, il faut du temps pour sensibiliser, c’est un travail de longue haleine.

Autre difficulté, et non des moindres : le nettoyage des bouteilles collectées. Un chantier difficile d’autant plus qu’il n’y a plus de centre de lavage dans la région. Pour l’instant, les premiers stocks de bouteilles sales sont envoyés en… Bourgogne. Un aller-retour qui pourrait largement être évité, selon Julien Vigneron. « On souhaite avoir une laveuse dans le Var mais ce n’est guère possible tant que l’on ne sait pas combien de bouteilles on peut collecter dans un futur proche. »

En d’autres termes, l’association vise d’abord à convaincre d’autres vignerons. « Idéalement, il faudrait 50 domaines pour obtenir une filière durable, créatrice d’emploi et compétitive par rapport aux bouteilles à usage unique. »

Par ailleurs, l’association (soutenue par la région Paca, l’Adème, et la Fondation Daniel et Nina Carasso) a une belle idée pour consigner davantage de bouteilles (et pas uniquement celles de La marseillaise). Elle compte installer d’ici 2020 dans une grande surface un collecteur de bouteilles en verre. Financée par le Syndicat intercommunal de valorisation et d’élimination des déchets (Sived), la machine choisie sera capable de différencier les contenants consignés et ceux qui ne le sont pas (les bouteilles qui seront à recycler). « Le consommateur n’aura qu’à laisser les bouteilles. Que l’emballage soit dédié au recyclage ou bien à la consigne, l’idée c’est qu’il soit récompensé. Il pourra gagner des bons d’achats de quelques centimes par emballage, valables dans le magasin“, précise Bastien Vigneron.

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