BY UP LE MAG

Collectes de dons : les Français sont-ils généreux ?

RENCONTRE – On les croise souvent à la sortie de gares ou dans des endroits très fréquentés. Les personnes chargées de collecter des dons en face à face pour les ONG arrivent-elles à mobiliser avec succès ? Oui, si l’on en croit l’Amrac (Autorité mixte de régulation des acteurs de la collecte de fonds en face à face), qui se veut être un organe de régulation indépendant du secteur. Elles parviennent à récolter près de 100 millions d’euros chaque année.

Jean-Paul Kogan-Recoing, président de cette organisation créée il y a 6 mois et d’ONG Conseil, fait le point sur la générosité des Français.

UP le mag : Combien y-a-t-il de recruteurs en France ?

Jean-Paul Kogan-Recoing : L’Amrac estime aujourd’hui entre 400 et 500 le nombre de recruteurs de donateurs présents chaque jour dans les rues françaises. Certaines associations développent des programmes de collecte de fonds en face-à-face, mais une grande majorité d’entre elles se tournent vers des opérateurs privés. La mise en place d’une autorité mixte et indépendante, telle que l’Amrac, est par conséquent essentielle pour mettre en place un cadre déontologique de mise en confiance entre les donateurs et les associations.

Justement, quelles sont les missions de l’Amrac ?

D’abord, d’établir un cadre déontologique strict dès lors que l’on sollicite la générosité des Français. Protéger les donateurs, garantir aux associations, quelle que soit leur notoriété, un financement privé durable et consenti, offrir aux salariés des opérateurs de collecte un cadre de travail unifié et résister aux tentatives d’ubérisation du marché font partie des missions de l’Amrac. Les derniers rapports présentés lors de l’International fundraising congress 2018, à Amsterdam, montrent que les grandes ONG prennent de plus en plus conscience des exigences nécessaires au bon déroulement de la collecte en face-à-face.

La collecte de fonds en face-à-face s’effectue-t-elle uniquement dans la rue ?

En France, oui majoritairement, mais ce n’est pas le cas dans tous les pays. En Angleterre par exemple, la collecte en porte-à-porte est bien plus développée.

Quand cette pratique est-elle née ?

La collecte en face-à-face est une pratique créée en Autriche en 1995, et que j’ai initiée en France en 1998 en créant le premier programme de collectes de fonds en face-à-face pour Greenpeace France.

“Autant de femmes que d’hommes”

Combien d’euros sont récoltés ainsi chaque année ?

Nous estimons le montant annuel de la collecte de fonds en face-à-face à 100 millions d’euros. La progression est constante et tourne autour de 5 % par an. Ce qui tend à prouver que dans une société du tout digital, le don motivé par un simple dialogue convivial entre deux personnes bien réelles reste un canal de financement sérieux pour toute association souhaitant accélérer son développement, tout en s’assurant de la perception populaire de son action.

Combien de Français ont-ils déjà donné ?

Depuis 2004, nous estimons à 2 millions le nombre de donateurs en face-à-face, soit une somme globale récoltée estimée à 700 millions d’euros.

Qui sont les personnes qui acceptent de mettre la main au portefeuille ?

On observe sensiblement le même nombre de femmes que d’hommes. L’âge moyen est de 30 ans. Les personnes donnent environ 135 euros par an.

“Discours non trompeur”

Quelles sont les motivations des donateurs et donatrices ?

Elles sont nombreuses. La première est que nous sommes un pays généreux qui a su conserver dans son ADN la notion fondamentale de solidarité. L’urgence peut guider ces choix, comme les catastrophes naturelles ou humaines. Les donateurs issus de la collecte de fonds en face-à-face sont plutôt jeunes, et on sait que cette catégorie de citoyens use beaucoup moins de la défiscalisation liée aux dons que leurs aînés. Leurs dons sont donc très probablement « plus généreux » que les autres et ne font pas peser à la collectivité leurs choix de générosité… La motivation du don en rue, de facto consenti et durable, est également liée à la qualité du message et – ou de la cause présentée par les équipes de recruteurs des donateurs.

Comment former les recruteurs pour “toucher” les Français et agir sur leur générosité ?

L’acte de don est un acte sensible qui doit être respectueux des donateurs. Il doit donc être stimulé par des équipes parfaitement formées aux techniques commerciales, certes, mais surtout qui sachent recruter des donateurs sur la base d’un discours authentique non trompeur, non manipulateur, sans culpabilisation, ni agressivité et jugement vis-à-vis de ceux qui in fine ne veulent pas donner.

Que représentent ces fonds en face-à-face pour les associations et les ONG ?

Pour certaines grandes associations (WWF, Care, etc.), cela représente plus de 50 % de leurs fonds privés chaque année, et avec le contexte fiscal actuel et les nouvelles exigences vis-à-vis du RGPD (Règlement général sur la protection des données), ce canal a de grandes chances de croître davantage. Son potentiel est d’ailleurs aujourd’hui de toute évidence sous-exploité puisque d’autres pays à population moins forte que la nôtre y ont développé des volumes souvent beaucoup plus importants.

Lire aussi : Ils viennent chercher vos dons pour les plus démunis chez vous à Paris