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À VALENCIENNES, UNE FERME URBAINE AU MILIEU DES QUARTIERS

L’association Cols Verts est en train de monter une ferme urbaine dans une zone prioritaire de la ville de Valenciennes, en région Hauts-de-France. Un projet résolument social, et vivant ! Reportage.

Sous le soleil généreux de la fin du mois de mai, sur un grand terrain de 9000 m², bordé par deux routes et donnant directement sur les jardins de petites maisons, une petite troupe d’agriculteurs en herbe s’active de bon matin. Nous sommes au cœur du quartier Dutemple, dans l’ouest de la Ville de Valenciennes, où résidaient autrefois les mineurs. Au loin, trône un témoin de ce passé ouvrier : un grand édifice en béton, le chevalement qui permettait autrefois de descendre à la mine, fermée en 1949. En tout, avec les deux quartiers limitrophes, Chasse-Royale et Saint-Waast, plus de 7000 personnes vivent dans cette zone classée Quartier Politique de la Ville (QPV).

L’espace sur lequel l’équipe s’active accueille depuis quelques semaines une serre, des bacs de culture et des arbres fruitiers. Bientôt, viendront d’autres serres, une ruche et un poulailler. L’association Cols Verts, spécialisée dans l’agriculture urbaine, est à l’origine de ce projet. « Tout est parti d’un appel à projet de la Direction Régionale de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) autour du bien-manger. Nous avons proposé ce projet qui permet de sensibiliser les habitants à l’origine des produits. Les fruits et légumes produits ici leurs seront remis à un prix solidaire, en boutique e ou lors de distributions organisées en autonomie, selon ce qu’ils auront choisi. Nous comptons également organiser des ateliers autour de l’alimentation, notamment avec les écoles », explique Guillaume Colson, co-fondateur de l’association.

« C’est bien plus propre qu’avant ! »





Plantation d’arbres avec les habitants – Crédit : Guillaume Colson

Les habitants du quartier peuvent circuler librement sur la ferme, qui n’est délimitée par aucun grillage, et le font volontiers. Mr. Huyens vient par exemple, ce matin-là, promener sa petite fille et saluer les travailleurs. « C’est bien plus propre qu’avant, ça fait du bien au quartier. Maintenant, il faut espérer qu’il n’y aura pas de vandalisme, mais je ne pense pas car les gens vont comprendre que tout ça, c’est pour eux », souligne-t-il. Yan, 21 ans, chargé de communication et de développement commercial pour la ferme, a toujours habité dans le quartier. Il se souvient de ce terrain, longtemps jonché des restes de démolitions de bâtiments vétustes. « Maintenant l’herbe repousse, les insectes reviennent », souligne-t-il, tandis qu’une abeille sauvage vient de se poser sur sa main.

Eddy, Jordan et Nathalie, encadrés par Pierre, animateur maraîcher, s’activent à alimenter les bacs avec de la tonte donnée par une entreprise partenaire, afin de faire des couches où seront plantés les semis. Tous les trois sont en chantier d’insertion, un dispositif proposé à des personnes éloignées de l’emploi. Autour d’un café apporté généreusement par un habitant du quartier, Nathalie fait part de sa satisfaction. « À l’origine, je travaillais dans le bâtiment. Mais j’aime être au contact de la nature, si je peux poursuivre dans cette voie par la suite, ça me plairait bien », glisse la jeune femme de 39 ans, avant de se remettre derrière la tondeuse. « On a créé des emplois dans ce quartier où il y un très gros taux de chômage ça peut paraître une goutte dans l’océan, mais c’est déjà ça », souligne Guillaume Colson.

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« Une bonne fatigue »

« Le but, c’est aussi de créer du lien entre les habitants, tout est fait en concertation avec eux », souligne le responsable de Cols Verts. « C’est les habitants qui vont décider de ce qu’on plante, ils pourront apporter leurs connaissances et leurs savoir-faire », explique Pierre, animateur maraîcher. À l’origine, ce dernier a suivi une formation en agriculture bio dans l’idée de monter son propre projet, mais cela ne s’est pas fait. Aujourd’hui, il est heureux de participer à une expérience collective. Les journées sont bien remplies, mais « c’est une bonne fatigue », glisse-t-il.

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Yan se souvient que quand il était tout petit, avant les travaux de rénovation du quartier, il y avait sur ce terrain des jardins ouvriers, dont celui de son grand-père. « J’ai toujours été habitué à voir des potagers, dans les corons (maisons typiques des mineurs, dont il reste encore quelques rangées dans le quartier, ndlr), chacun a son petit jardin », raconte-t-il. Un juste retour aux choses, finalement. Dans son projet, l’association Cols Vert prévoit que, d’ici quelques années, dans la mesure du possible, la gestion de la ferme reviendra aux habitants, sous forme d’une structure indépendante. L’expérience dira si la greffe prend, mais le terreau est déjà bien posé.

L’association Cols Verts

Guillaume Colson, avocat à l’origine, a commencé, il y a quelques années, à s’intéresser de plus près à la phytothérapie, la médecine par les plantes, pour des raisons de santé. Cela l’a amené, de fil en aiguille, à s’intéresser à l’agriculture urbaine, à un moment où il s’impliquait aussi dans l’associatif, au côté de la fondation Immochan, pour une école de production (établissement d’insertion faisant travailler des jeunes pour de vrais clients). C’est ainsi qu’il a rencontré ses futurs associés, Emmanuel Kasperski, consultant dans l’ESS (économique sociale et solidaire), et Elisa Lewis, entrepreneure spécialisée dans l’innovation démocratique. L’association nationale a été créée il y a deux ans, et a impulsé la création d’associations locales, comme la ferme de Valenciennes. Plusieurs autres projets de fermes sont en cours, en France, mais aussi en Tunisie.

Les entrepreneurs sociaux inspirent Up le mag ! Un projet local et original, accompagné par Grégory Claereboudt à la Caisse d’Epargne.

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