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A MARSEILLE, DU TRAVAIL POUR LES PERSONNES ATTEINTES DE TROUBLES PSYCHIQUES

Depuis quelques années, une association marseillaise s’est donnée pour mission de soutenir les personnes atteintes de troubles psychiques. Comment ? Par l’emploi ! Récit.

Une loi du 11 février 2005 stipule que les entreprises de plus de 20 salariés, privées ou publiques, doivent comporter dans leurs rangs au moins 6 % de travailleurs handicapés dans leurs effectifs. Néanmoins, le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur au taux national. Dans un entretien pour le journal Le Monde, Claire Le Roy-Hatala, spécialiste des questions liées au handicap, mentionne que « l’enjeu pour les entreprises est de progresser dans la compréhension qu’elles ont de la loi », estimant par ailleurs que « certains types de handicap, comme ceux liés à des troubles psychiques, déstabilisent le monde du travail ».

L’emploi d’abord

Ce dernier constat problématique, une association a décidé de spécifiquement s’en occuper : Working First 13. Créée à l’automne 2014, cette association a d’abord travaillé avec Chez soi d’abord, un organisme expérimental qui vise à mettre en logement des personnes atteintes de troubles psychiques sans-abri. « Ensuite, elle a aussi travaillé avec deux services de l’assistance publique des hôpitaux de Marseille : l’équipe MARSS pour le rétablissement sanitaire et social des personnes atteintes de troubles psychiques, et les services du professeur Lançon (médecin spécialisé dans les troubles psychiatriques résistants, ndlr) qui ont identifié des besoins et partent des projets des personnes dont ils s’occupent », selon Sonia Abelanski et Livia Keyser, qui ont participé au lancement de l’association.



Les membres de Working first 13 en plein travail. Crédits : Association.fr

Les deux femmes sont catégoriques : « Les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont exclues de l’emploi, car elles ne bénéficient d’aucun accompagnement, il y a très peu de programmes adaptés. » Il y a aussi des difficultés d’accès à l’emploi pour les personnes atteintes de troubles psychiques, dans le regard que certains salariés des entreprises accueillantes peuvent porter sur les personnes handicapées. Volonté fut alors par les membres de l’équipe de Working First de mettre en place l’IPS (Individual placement support), un nom qui sonne très « start-up nation », mais dont la finalité est bien concrète : faire en sorte que les personnes atteintes de troubles psychiques bénéficient d’un accompagnement long, constant, afin qu’elles obtiennent un emploi et soit complètement intégrées à la vie de l’entreprise.

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Des parcours réjouissants

Concrètement, une personne atteinte de trouble psychique (dépression, anxiété, bipolarité, schizophrénie) est amenée par un médecin. S’en suit pour elle un entretien « vocationnel », un échange informel sur la situation, l’entourage, le traitement pris par la personne. Un plan d’action est ensuite construit : la personne atteinte de troubles va rencontrer des professionnels de l’entreprise où elle entamera une mission.

En près de trois années d’existence, les membres de Working First ont vu tant de personnes à l’expérience diverse : « Il y a des personnes qui se maintiennent en emploi et pour qui tout se passe bien, et d’autres qui sont en emploi, mais avec qui on sent qu’il va falloir un soutien plus attentif, d’autres qui sont toujours en recherche et connaissent de grosses difficultés. » Une palette assez large, donc, avant que la discussion ne tourne sur le souvenir toujours très présent, d’une personne qui « était sans abri, atteinte de graves troubles du comportement, qui a pu, pendant notre accompagnement, trouver un emploi, un logement, et même se marier ! », se réjouissent ces femmes résolument engagées.

Actuellement, près de 40 personnes sont prises en charge. « Cela consiste souvent à aider à gérer le stress, aménager les horaires en fonction des traitements, mais c’est vraiment selon les cas des personnes en entreprise, qui sont propres à chacun », affirme Livia Keyser.

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Le chantier n’est pas terminé

Livia Keyser et Sonia Abelanski déplorent, en filigrane de notre échange, un manque de soutien financier, notamment de la mairie de Marseille, mais aussi de l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées). Néanmoins, elles ont tenu à louer l’aide apportée par Leopold Carbonnel, du pôle régional « Jeunesse, Éducation populaire et solidarité » de la région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur. L’association, volontaire, retrousse ses manches pour aller démarcher des entreprises pour qu’elles soient sensibilisées à la cause, dans l’optique de proposer des postes aux personnes que Working First 13 soutient. « Il y a les personnes qu’on accompagne, qui souhaitent faire état de leur handicap, et auquel cas un travail de médiation est fait avec l’entreprise, mais il y a d’autres cas où la personne ne veut pas en parler et, dans ce cadre-là, on ne fait pas de médiation, ce sera uniquement du coaching classique », nous dit Livia.

Sélectionné (mais non lauréates, au grand regret de Sonia Abelanski et Livia Keyser) par le programme « La France s’engage » de l’ancien président de la République, Working First 13 a pu, grâce au dispositif étatique, structurer juridiquement l’association. Mais aussi « bénéficier d’une certaine visibilité et d’un réseau », ce qui peut paraître insuffisant au regard des ambitieuses missions de développement que l’organisation s’est fixée dans les années à venir : « Pérenniser et essaimer notre programme, trouver de l’emploi pour toutes les personnes qu’on accompagne. Nous sommes aussi centrés sur l’espoir et le rêve, c’est très important. » Bien dit !

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