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À BORDEAUX, L’ASSO D’ABDOULAYE NDIAYE REDYNAMISE LES QUARTIERS

Ancien basketteur pro, Abdoulaye Ndiaye s’est reconverti dans le ‘’social business’’. Son asso, l’Académie Younous, permet aux jeunes des quartiers de zone prioritaire à Bordeaux d’allier plaisir du sport et coaching perso.

Tout commence à Grigny, dans le quartier de la Grande Borne. C’est ici qu’Abdoulaye Ndiaye commence le basket, sous l’influence de son grand frère. Puis tout s’enchaîne : son premier club dans le 95, le centre de formation de Dijon, le tour de France des grands clubs, l’équipe nationale militaire… Une carrière pro qui aura duré « plus de dix ans ».

Quelque temps plus tard, après avoir été embauché dans un cabinet comptable – il a suivi en parallèle de son cursus sportif une formation de comptable, il tombe sur deux jeunes en sortant du travail « en train de se bagarrer. » « Je les ai séparés, je leur ai demandé ce qui se passait, et je leur ai proposé de venir faire du sport pendant les vacances. Et avant de pouvoir se défouler, ils devraient bosser une heure tous les matins. Ma reconversion a commencé par une bagarre ! », raconte-t-il. C’est dans le quartier de Saint-Louis, à Bordeaux, que l’académie s’est implantée en premier. Dans un local que le centre d’animation a accepté de lui prêter, le petit groupe s’étoffe. « On est passé de 10 à 15, 20, 30… ça grimpait ! » Face à ce succès, Abdoulaye décide de créer une association, après avoir quitté son travail. « Aujourd’hui, j’en suis heureux ! » se réjouit-il. « Ce qui me plait, c’est de transmettre aux enfants avec la dimension sportive. Leur apprendre l’éthique, la morale, le bon comportement, se lever tôt le matin, bosser… »



Abdoulaye Ndiaye, ancien basketteur pro reconverti dans le social © Académie Younus

Deux programmes, deux publics

Au sein de son académie, Abdoulaye a mis en place deux programmes. Le premier vise en particulier « tous les jeunes qui ne partent pas en vacances et qui n’ont pas la chance d’être encadrés par leur famille. » « Ils viennent tous les matins à l’académie, où on a des ateliers numériques pour leur apprendre à coder avec un outil qui s’appelle scratch. On a un prof d’échecs, qui leur permet de travailler leur attention, leur concentration, leur prise de décision et leur anticipation. » Si les jeunes sont si attirés par l’académie, c’est parce que l’ancien basketteur sait comment les attirer. « On les capte par le biais du sport. Quand c’est du futsal ou du basket ça mobilise. On est au cœur du quartier, on va les chercher pour leur proposer des activités en partant de ce qu’ils aiment, et on leur dit de jouer le jeu, que c’est pour leur avenir, le bien du quartier, la cohésion sociale etc… », explique-t-il. Si le matin, les jeunes travaillent sur leur avenir, l’après-midi, c’est la « récompense ». Hier, ils sont allés faire de la voile et du paddle, par exemple. « Ce sont les vacances, il faut bien qu’ils s’amusent. En période scolaire, on les accueille à la sortie de l’école. Ils viennent faire leurs devoirs, du sport, ou des activités éducatives. »

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Le second programme cible les 16-25 ans, « chômeurs de longue durée, ou jeunes en décrochage scolaire. » Il s’agit principalement de les aiguiller dans leur recherche de travail, en faisant le lien entre eux et les éducateurs du quartier, la maison pour l’emploi, ou des entreprises partenaires. De ce programme, Abdoulaye dresse un bilan dont il est assez fier. « Il y en a deux qui ont leur CDI aujourd’hui, d’autres qui ont des CDD. » Le matin, ils suivent un entraînement avec un préparateur physique dans une salle de musculation prêtée par la ville pour l’occasion. « L’idée c’est de les pousser à se lever et accepter les règles du coach. »



Le matin, on s’intéresse à son avenir. L’après-midi, c’est détente © Académie Younus

Un ‘’social business’’ à exporter

Pour la suite, Abdoulaye va se lancer dans le ‘’social business’’, un concept lancé par Mohammed Yunus, Nobel de la Paix 2006. Younus, c’est d’ailleurs une référence à son nom. « On a fait un petit jeu de mot en rajoutant un « o » pour que ça vienne faire you and us. On a l’ambition de créer une entreprise d’insertion dans le domaine du sportswear », détaille Abdoulaye. Une entreprise qui jouerait la carte de l’emploi local, avec une fabrication 100% made in France. « Des petits ateliers français vont s’occuper de la conception, et nous de la partie flocage. A terme, ce qu’on veut, c’est embaucher les jeunes par le biais de l’entreprise. Une partie des bénéfices nous permettra de financer les actions sociales. On est beaucoup aidé par les institutions, des fondations, des dons de particuliers… Mais il faut créer notre business quoi. »

Avec la création de cette entreprise, Adoulaye compte exporter son académie hors des ‘’quartiers’’ de Bordeaux. « On a l’ambition de se développer à Grigny, on va y lancer une antenne en septembre. » Un retour aux sources.



L’académie s’est lancée à Bordeaux, mais elle compte bien s’exporter © Académie Younus

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